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Journal d’une apprentie backpackeuse #2 Voyager en solitaire sur son vélo

Cela fait des années que je me dis que j’aimerais partir seule, tester cette fameuse aventure dont beaucoup parle : « le voyage en solitaire change la vie ». A force de discuter avec des voyageurs, de regarder les blogs, les groupes de voyage, je me suis dit : « Et Pourquoi pas moi ? ». Le vrai déclic est très ancien. C’est Anouk, du blog Talented Girl qui me l’a donné. Elle parle souvent du bonheur qu’elle a, à partir seule, quelques jours, alors qu’elle est en couple et entourée d’amis avec qui elle aime voyager. Je me reconnais beaucoup en elle, d’un point de vue personnalité et vie : du coup, je crois que c’est à ce moment que je me suis dit : « tu peux le faire ! »

J’ai d’abord pensé à faire un simple voyage de 3 jours dans une ville comme Prague ou Madrid puis je me suis rappelée que j’avais besoin de défi, que j’aime avoir peur même si je stresse un max et que si le projet n’est pas grand, je ne me motive pas suffisamment. En gros, j’ai besoin que ça soit vraiment déstabilisant pour foncer (mais j’ai vraiment peur avant, pendant mais pas après OUF). Donc, en avril, j’ai annoncé à mes proches : « je vais partir à vélo jusque Amsterdam et je vais le faire toute seule ». J’ai un temps, pensé le faire avec mon papa, un passionné de vélo et  baroudeur depuis toujours qui avait bien envie de faire le voyage aussi. Sauf, que j’ai réalisé que cette fois ce n’était pas des vacances que je voulais mais de ma vie un défi. J’ai commencé la vie assez confortablement, des parents toujours présents, un grand frère et une grande sœur protecteurs, des amis, j’ai aussi été pendant plusieurs années en couple donc j’ai pris l’habitude de toujours tout faire accompagnée. Et, quand en 2014, j’ai fait un gros ménage de vie, petit ami de longue date compris. C’est donc assez logiquement, qu’après avoir découvert que je pouvais être seule, m’en sortir au travail, dans mon appartement, dans ma vie que je me suis dit « maintenant tu vas au bout de tes rêves ». En septembre 2016, j’ai décidé que j’allais réaliser un vieux rêve, transmis par mes parents voyageurs : découvrir le monde, faire la tour du monde mais à mon rythme. J’ai donc abandonné ma vie de sédentaire, mes amis parisiens, mon palace d’appartement ( bye-bye les 17m2 pour 750 euros/mois) et je me suis lancée. J’ai commencé modestement un voyage avec la fratrie, puis un coucou chez une de mes meilleures amies à Barcelone et tant qu’à faire on s’est envolé à 2 pour Lisbonne. Ok, c’est cool mais je ne suis toujours pas seule et j’ai toujours envie de découvrir si je peux le faire.

Tout le monde dit que c’est génial, « tu n’es jamais vraiment seul », « tu rencontres du monde », « tu te découvres », « tu te surpasses et tu t’amuses ». Ok, je veux le vivre aussi. J’ai donc acheté un vélo tout neuf pour remplacer Pedro mon fidèle amis de 25 ans et je me suis entraînée. Tous les jours (ou presque) j’ai enchainé les kilomètres pour habituer mon corps à l’effort répété. J’ai augmenté les courses pour encaisser les longs trajets jusqu’à faire mon premier 100 km en une journée. Ça j’en suis ultra fière parce que je n’imaginais pas un jour faire 100 km de vélo. Je suis du genre à avoir la flemme d’aller à une soirée parce que je vais me farcir 100 km de voiture tout confort, mais là, par la force des jambes j’étais ultra motivée. Je suis revenue plutôt fatiguée mais c’était le défi qui validé le départ pour Amsterdam. Je vous ai raconté cette folle journée en vidéo sur Oh et Puis/Youtube.

Le 27 aout, je suis parti avec Ernesto (mon super vélo tout neuf), ses 40 kg de bagages (et vélo) en direction d’Amsterdam. Première étape, avec coach papa jusque Bruges, 85 km. Là, le vrai voyage a commencé, j’ai monté pour la première fois ma tente en solo dans le camping de Bruges, j’ai repris Ernesto et je suis partie à la recherche de nourriture. Le ventre plein, je suis rentrée et arrivé devant ma tante, mes voisins, une famille, prenait le thé. Première aventure, ils m’invitent à les rejoindre, me tendent une tasse de thé. Je ne pouvais pas refuser. C’était rassurant parce que tout se passait comme on me l’avait dit « quand tu es seule, les gens viennent vers toi ». Forcément, une gonzesse qui parait à peine majeure, seule avec son vélo, ça attire la curiosité. J’ai passé 4 jours à dire « oui, oui je voyage seule à vélo ». Cette première soirée est marquante, j’ai passé une heure autour d’un thé avec des inconnus à parler avec mon anglais minable et je m’en fichais. Le lendemain, 8h, tente démontée, c’est parti, cette fois, je suis seule avec ma carte, mes muscles plutôt en forme et le soleil avec moi. Je suis allée jusque Westerschouwen, aux Pays-Bas. La journée a été un peu dure, ma carte n’était pas assez précise donc je me suis pas mal perdue dans les villes, le soleil était de plus en plus fort. 8h sous le soleil c’est épuisant, je manquais d’eau et j’avais du mal à en trouver. Du coup, j’ai pris mon courage à deux mains et je demandai aux gens que je croisais dans leur jardin. Nouveau défi, validé. Après 80 km je suis arrivée, j’ai monté ma tente et je suis partie à la plage me baigner. Cette fois, mini camping, pas de voisins, soirée en solitaire.

J’avoue, ça a été un peu déstabilisant de n’avoir personne à qui parler, d’un coup, on se demande « mais pourquoi t’es partie seule?!? ». La nuit passe, le froid s’installe, le réveil est difficile, les muscles sont froids et un peu fatigués, le moral n’est pas au top du top. Je reprends mon vélo en sachant que ça sera la pire journée, je dois traverser pas mal de grosses villes, des zones industrielles avant de retrouver le confort de la LF1 pour la dernière journée de vélo. 90 km plus tard, oui, la journée a été rude, j’ai eu du mal à trouver à manger à midi, je me suis encore pas mal perdue, traverser les villes n’est pas toujours simple à vélo même si on est dans LE pays du vélo et surtout galérer seule est nettement moins marrant qu’avec ses amis avec qui on rigole malgré la galère. Vers 16h, j’accélère le rythme pour être sûre de trouver ou dormir. J’avoue, je stresse un peu. Premier stop, camping introuvable. 2ème stop, le camping n’accueille que les caravanes… oups. Bon, je continue ma route, 10 km plus tard j’arrive à Hoek Van Holland. Premier camping que je vois, je m’y arrête : cette fois c’est bon ! Je monte ma tente, dans mon coin, il n’y a personne et je fonce à la supérette avant qu’elle ne ferme. Je n’ai quasiment rien mangé de la journée et je n’ai pas franchement envie de passer la nuit le ventre vide. J’avoue, je gère mal la faim !

Et là, arrivée en caisse avec ma montagne de nourriture (oui j’avais très faim), mauvaise surprise, ils ne prennent pas les cartes bleues étrangères et je n’ai presque plus de liquide sur moi. Je fais donc le tri, et l’explique en anglais. Youhou ! Je me surprends à gérer l’anglais, quand une dame regarde ce que j’ai comme argent et complète sans me demander mon avis. Elle m’a juste dit « je t’ai vue arriver sur ton vélo, tu mérites tes gâteaux ». Je suis sortie à la fois déstabilisée et avec une énergie de dingue. Ce n’était que 2 euros pour elle mais j’ai réellement été touché par son acte. C’est vrai, quand tu voyages seul, tu parles vraiment avec les gens que tu croise ! J’ai bien mangé ce soir-là et tant mieux car le lendemain va être sportif !

7h, mercredi matin, les orages m’ont bercé toute la nuit, la pluie ne s’arrêtent plus de tomber et mon moral n’est pas au top… Je regarde la météo : 5 jours de pluie annoncé… Je ne suis plus qu’à 80 km d’Amsterdam, soit une journée de vélo. Sauf qu’ils annoncent un temps pourri la bas aussi. Et Amsterdam sous l’eau, je l’ai déjà fait et je n’ai pas vraiment envie de recommencer l’expérience. Je suis actuellement à 15 km de La Haye. Après quelques minutes de réflexion, la décision est prise, je remballe et je file à La Haye prendre un bus de retour. J’ai un peu ris de devoir démonter ma tente et charger mon vélo sous des trombes d’eau pendant que les voisins me regardaient perplexe depuis leur bungalow. Étrangement, je n’ai croisé personne sur le chemin. Heureusement, aucune chute au compteur, avec le vélo lourd et la pluie je ne roulais pas comme une dingue. Ça a été bien casse-pied de me repérer dans La Haye sans carte, GPS du téléphone quasi inutile à cause de la pluie qui rendaient les doigts trop glissant pour l’écran et les gens pressés. Après 2h de galère, je trouve la gare. Elle est en travaux donc impossible d’y garer le vélo. Tant pis, je saute le repas de midi, je me pose dans un coin pour attendre les 3h qui me sépare de mon bus. Je file ensuite sur le quai des bus, trempée, pleine de boue à cause de la route du matin. Je décharge complètement Ernesto, charge les affaires en soutes, monte le vélo sur le porte bagage et je monte dans le bus quand le chauffeur me dit « mais c’est demain que vous partez vous! ». Je suis devenue blanche, c’est ma mère qui a réservé mon billet car je n’avais pas assez de réseau pour le faire et elle s’est trompée de jour. Je pense que le chauffeur a eu pitié de la fille trempé jusqu’aux os en petit cycliste de vélo et il m’a dit « monte le bus n’est pas plein ». Youhouuuuuu je ne me voyais clairement pas rester à La Haye une nuit. Après 7h de bus au lieu de 4h à cause d’accidents (merciii la pluie) je suis rentrée. J’ai passé 3 jours de folie, je me suis éclatée sur mon vélo, je me suis surprise à enchaîner 276 km sans aucunes difficultés, je n’ai jamais eu de soucis pour trouver ou dormir, pour rencontrer des gens et en plus j’ai découvert que j’étais bien plus capable que je le pensais.

Je suis rentrée sans aucuns regrets, en me disant que l’aventure n’était pas terminée, j’attendrai juste le retour du beau temps pour finir ce projet et surtout continuer ma route plus loin encore ! Voyager seule, c’est génial, déconcertant sur le moment, inquiétant parfois mais après on se sent plus fort et c’est hyper agréable. En plus, seul, on regarde plus le paysage, on prend plus le temps de découvrir et de rencontrer. On s’arrête quand on veut pour faire une photo, une pause, profiter, on mange ou on veut, on s’endort à l’heure que l’on veut et on rencontre bien plus de gens. Maintenant, prochain défi : le voyage en solitaire sur une longue période. Mon projet est de refaire un bout de Thaïlande et faire le Laos en novembre prochain. Tout est question de travail, je n’ai pas encore les billets, je termine de préparer ma saison et je file pour cette aventure encore plus stressante que la précédente !

Découvrir le premier épisode du « Journal d’une apprentie backpackeuse »

Et vous, le voyage en solitaire, vous aimez ?