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Est-ce que c’est difficile de voyager à vélo ?

 

Il y a 2 ans, j’ai entamé une nouvelle aventure : celle du voyage à vélo. C’est arrivé quasiment sur un coup de tête. J’ai bien un papa passionné de vélo qui a fait son premier voyage longue distance à 15 ans, mais pour autant, je n’ai pas vraiment partagé la route, à vélo, avec lui. Non, en fait, j’avais une soif d’aventure. J’adoooooore l’aventure. Du coup, j’ai eu envie de me tester sur un terrain bien, mais alors bien inconfortable qu’est le voyage à vélo.

Au printemps 2017, j’ai commencé à m’entrainer sérieusement sur mon très, trop, vieux VTT hérité de ma grande soeur. Pedro, de son petit nom, a quasiment mon âge, bon ok 10 ans de moins, mais on ne va pas se mentir, il en a quand même 18… Il est vieux, lourd et ne passe plus aucune vitesse. Mais il m’a quand même accompagné les premiers mois de l’entrainement. Durant l’été 2017, à 2 mois de mon départ pour mon premier voyage, Ernesto est arrivé dans ma vie. Lui c’est mon bébé vélo d’amour avec qui j’ai déjà parcouru 2000 kms en à peine plus d’1 an. On a d’ailleurs fêté nos 2000 km en plein coeur du South Down, un parc naturel anglais, qui a été l’expérience la plus difficile de toute ma vie.

Lille – Amsterdam en 4 jours

Mon premier projet a été de rejoindre ma petite ville à 30 km de Lille à Amsterdam. Si j’avais choisi cette destination c’est parce que cette route à vélo est mythique et l’une des plus simples d’Europe. On suit la LF1 d’un bout à l’autre. C’est plat, le long de la mer et toujours tout droit. Rien de tel pour démarrer le voyage à vélo en douceur. Surtout que pour moi, en plus d’être une première à vélo, c’était aussi ma première fois toute seule. Je vous laisse imaginer mon papa un peu poule sur les bords quand je suis partie…

Pour ce premier voyage, j’ai roulé, roulé et encore roulé sur les routes du Nord et de Belgique. J’ai eu la chance de me faire coacher par Papa qui m’a poussée pour me faire faire mon premier 100 km et qui n’a rien lâché quand j’étais prête à abandonner la vie à 90km. Grâce à lui, ce premier 100 km je l’ai fait et c’était 2 semaines avant mon départ !

C’est le 27 août 2017 que je suis partie en direction d’Amsterdam. J’ai d’abord fait ma première étape jusque Bruges, accompagnée de mon père qui avait envie de faire le début de l’aventure avec moi. Arrivée à Bruges;, j’ai suivi la LF1 jusque La Haye en 2 jours. Après 3 jours de vélo et 250 kms, je n’étais plus qu’à 1 jour d’Amsterdam quand la météo en a décidé autrement. Il s’est mit à pleuvoir à verse et c’était partie pour 1 semaine. J’ai donc décidé de rentrer à ce moment. Je n’avais pas envie de m’imposer l’inconfort de rouler sous la pluie et surtout monter ma tente, sous la pluie, à Amsterdam pour être frigorifiée alors que mon vrai projet c’était la route à vélo plus que la destination. Puis Amsterdam, je connais déjà alors je n’ai pas eu de regret quand j’ai pris mon bus (je prends Flixbus car ils prennent les vélos sur porte-vélo, on ne doit pas les démonter) pour rentrer à Lille. J’ai donc roulé 3 jours avec un plaisir énorme. La LF1 est une route hyper agréable à faire, facile, très bien indiquée et qui nous fait longer la côte. Je suis une grande fan des paysages du Zeeland (région des Pays-Bas) et j’ai adoré traverser ce coin.

Après ce premier voyage, j’étais fière de moi. J’avais réussi à faire 250 kms juste par la force des jambes et du mental. Tout en portant mes 40 kgs de bagages et vélo, en montant et démontant la tente, seule chaque jour, en trouvant toujours à manger et en réussissant à ne pas trop me perdre. Le voyage à vélo, on le fait pour l’objectif, pour le trajet et non pour la destination. On découvre les paysages au ralenti et on les apprécie parce que c’est notre corps qui nous y mène. On parle avec toutes les personnes que l’on croise. Encore plus quand on est une femme en solo. Je n’ai croisé que des personnes bienveillantes, curieuses de savoir où j’allais et si je le faisais vraiment seule. Certes, le camping, avec son vélo, n’a rien de confortable, on dort sur un « matelas » de 2,5 cm d’épaisseur, on a peu de vêtements donc on doit soit faire sa lessive tous les soirs, soit accepter de porter un t-shirt qui pue déjà, on mange ce que l’on trouve, on a nulle part où s’asseoir en dehors du sol et on trouve la douche si incroyable quand on en croise une que l’on pourrait l’épouser. Mais on apprécie aussi le calme que cela nous offre. On se satisfait d’un rien tellement on a peu avec nous et çà nous permet de faire comme un reboot de son cerveau.

Lille – Gand en 2 jours

Du coup, emballée, je suis repartie en octobre, cette fois accompagnée de ma cousine et direction Gand. Nous avons suivi la Lys, un cours d’eau qui part de chez moi et qui arrive quasiment à Gand. Le trajet est court, 105 kms, on a fait l’aller en 2 jours, histoire de rouler doucement et le retour en 1 journée. Du coup, çà a été costaud de rentrer. Comme l’aller s’est fait en 2 jours, nous avions un airbnb un peu excentré de notre route, nous avons donc fait 95 kms le premier jour, 45 le second et 105 le troisième. C’est le retour qui a été difficile car cette fois, nous dormions en airbnb, dans un vrai lit, avec une salle de bain et des restaurants pour nous donner des forces. Pour le retour, après un petit déjeuner bien costaud, on est parties pour 11 longues heures de vélo. Nous n’aurions pas dû mettre autant de temps mais c’est aussi ça le voyage à vélo : les imprévus. Nous avons eu un vent de face, particulièrement fort, sur la quasi totalité du trajet retour. On a fait plus de 30 kms à 8km/heure (sachant qu’on roule entre 16 et 25 km/heure de moyenne suivant le vent). Cà a été un retour vraiment difficile car au bout de 8h, on commençait à être fatiguées, on n’avançait pas assez vite et on devait arriver avant la nuit car nous n’étions pas bien équipées pour rouler de nuit.

J’ai envisagé m’arrêter et demander à mon père de venir nous chercher. Nous n’étions plus très loin de chez moi, même si à vélo, chaque kilomètre compte. Mais ma cousine a trouvé la force de me remotiver et c’est à 21h que nous avons posé, euh jeté, les vélos chez moi après 105 km bien difficiles (et un nouveau record pour moi). Cette fois, j’ai connu le confort de dormir dans du dur mais aussi le pire que l’on puisse avoir à vélo (avec la pluie) : le vent. Un changement de météo et le gentil petit trajet à vélo devient un vrai enfer.

Mais comme ce n’est pas ça qui m’arrête, j’ai continué à rouler cet hiver pour reprendre très sérieusement l’entrainement au printemps. Cette fois, je m’étais fixée un gros défi : celui de faire le tour de France à vélo pour soutenir un projet associatif. J’ai commencé dès janvier pour un départ en septembre. Et puis, la vie, le travail et surtout le corps a fait que j’ai dû reporter le projet. Mais pour autant, j’ai bien roulé, enchainé les grosses sorties vélo avec Coach papa toujours là pour me pousser à faire plus. Et en juillet, je suis partie pour ce qui est, à ce jour, le plus gros défi et le voyage le plus difficile de toute ma vie : le South Down.

L’Angleterre à vélo – 1 semaine

Avec ma cousine, nous avions envie d’une nouvelle aventure à vélo. Toute les deux nous aimons beaucoup l’Angleterre alors on a décidé de s’y rendre à vélo. Nous avons préparé le trajet, bien que cela soit difficile car rares sont les informations précises sur les trajets vélo en Angleterre. Fort heureusement, ma cousine parle un anglais quasi parfait et connait particulièrement bien le pays. Elle nous a donc organisé un super voyage. Nous avons pris un ferry entre Dieppe et Newhaven. A partir de là, l’aventure à vélo a commencé. Nous avons d’abord rejoint la jolie ville de Brighton et découvert les « reliefs » à l’anglaise. Il est loin notre plat pays ! A ce moment, on s’est dit qu’on allait avoir mal aux jambes. C’était totalement sous estimer ce qui nous attendait. C’est après Brighton que nous sommes parties direction le parc naturel du South Down, une route mythique à vélo (euh alors en fait c’est pour le vtt hein). Pendant 3 jours, nous avons traversé, d’un bout à l’autre, ce parc terriblement inadapté à notre format de voyage. Ce ne sont que des sentiers ou prairies qu’il faut traverser, en petite montagne. Nous avons donc passé 3 jours à pousser, difficilement, nos vélos en montée, pour les retenir en descente. Nous avons passé beaucoup plus de temps le pied au sol que sur les pédales. C’était épuisant physiquement, nous n’arrivions jamais à atteindre les destinations prévues, nous avions soif et faim. Il n’y a que très peu de zones de ravitaillement et nous avions parfois du mal à les atteindre à l’heure. A la sortie du parc, j’ai eu envie de pleurer. Je n’en pouvais plus, j’ai hurlé que plus jamais je ne ferai de vélo, que j’allais voyager en hôtel et retourner à ma vie chiante parisienne. Puis j’ai enchainé avec l’ile de Wight, tout aussi difficile mais tellement belle que je me suis souvenue que le voyage à vélo c’est ça aussi.

A vélo, on voyage totalement différemment. On voit des paysages qu’on ne verrait pas autrement, on en profite aussi car on a le temps de les regarder, on dort souvent au milieu d’endroits incroyables, on profite de couchers de soleil magnifiques et on se surpasse. On se découvre une capacité à encaisser l’inconfort, à se surpasser physiquement et mentalement et à apprécier un rien. On pleure de joie pour une douche et on trouve qu’une soupe déshydratée avec un peu de riz c’est DÉLICIEUX.

Bilan

Le bilan de cette première année à vélo est surprenant pour moi. Je suis terriblement fière de tout ce que j’ai fait. Je réalise que je suis bien plus capable que ce que je pensais. Que je peux m’en sortir seule, que je peux aller plus loin que je ne le pense. Mais je réalise aussi que je n’aurais pas forcément envie de faire ça sur la longueur. J’ai rêvé, un temps, de faire un très long trajet à vélo comme rejoindre l’Asie par exemple. Et finalement, aujourd’hui, je crois que j’ai envie de weekend ou petite semaine. J’ai toujours autant envie de rouler et de parcourir les zones très natures où l’humain se fait rare. Mon autre envie, c’est de retourner à mes voyages d’enfance : le camping-car. Depuis des mois je bassine mes proches avec ce projet. Ce week-end, je suis allée au salon du camping-car pour mieux cibler ce qui me conviendrait. J’ai trouvé le van de ma vie il ne me manque QUE 46 000 euros. Du coup, maintenant je sais encore plus pourquoi je veux tout donner au travail : me payer ce nouveau projet en attendant le suivant. Et bien sûr, j’ai déjà prévu le porte-vélo pour emmener Ernesto sur toutes les routes d’Europe !

Et vous, le voyage à vélo, ça vous tente ? Vous connaissez ?